lundi 18 octobre 2010

Sables bitumineux, gaz de schiste : même combat?

« Les affaires continuent » : ce mantra des sables bitumineux va transformer le Canada à jamais, enrichir une poignée d’entreprises influentes, engourdir l’économie, détruire le troisième plus grand bassin hydrologique au monde, industrialiser presque un quart du territoire albertain, épuiser les dernières réserves nationales de gaz naturel et éroder la souveraineté du Canada.

Andrew Nikiforuk

Les gaz de schiste font la manchette depuis plusieurs semaines. Cette nouvelle filière oppose principalement le gouvernement et les principales industries d’exploitation à la population et aux groupes environnementaux. L’ombre des sables bitumineux en Alberta vient hanter ce débat, tant les ressemblances sont choquantes. En faisant les liens entre les deux phénomènes, on se rend vite compte que « les nations deviennent ce qu’elles produisent » comme le dit Andrew Nikiforuk dans son livre à paraître le 20 octobre prochain: Les sables bitumineux : la honte du Canada. Comment le pétrole sale détruit la planète. Ce qui peut être qualifié de terrible et d’insoutenable pour les sables bitumineux pourrait devenir la réalité du projet des gaz de schiste au Québec si nous n’intervenons pas. Au cours des prochaines semaines, nous présenterons en trois volets les similitudes effrayantes qu’il existe entre ces deux enjeux. Le premier traitera des liens étroits et des conflits d’intérêts d’envergures entre le gouvernement et les industries d’exploitation. Puis, nous parlerons de réglementation environnementale pour finir avec la question de la souveraineté énergétique et des exportations vers les États-Unis.

Thème 1 : Conflit d’intérêts et manque de transparence

Le double langage du gouvernement dans cette histoire est plus qu’inquiétant. Comme le souligne Alain Brunel (sociologue et cofondateur de l'AQLPA) dans sa lettre ouverte du Devoir du 16 septembre 2010, « la proximité avec l'industrie du gaz de nombreux libéraux ayant gravité autour du pouvoir a toutes les apparences d'une détestable collusion d'intérêts privés faite dans le dos de l'intérêt public ». En effet, plusieurs P.D.G. ou administrateurs des compagnies impliquées sont d’anciens responsables du Parti libéral et vice-versa. Gastem, entreprise privée membre de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a comme administrateur l’ancien ministre Raymond Savoie sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa (1985-1994). Talisman Energy, entreprise privée elle aussi membre de l’APGQ est impliquée non seulement dans les gaz de schiste, mais aussi dans les sables bitumineux en Alberta. Elle a d’ailleurs été l’une des industries à menacer le gouvernement albertin de délocaliser ses industries aux États-Unis, s’il y avait un moindre changement dans le système de redevances. Comme l’énonce Le Devoir, Talisman Energy « a fait appel aux lobbyistes du Groupe PVM dont le président, François Pilote, est un ami de longue date de Jean Charest, en plus d’avoir été son conseiller et son organisateur politique ». Qui plus est, deux anciens membres de cabinets ministériels libéraux, soit Daniel Bernier et Sylvie Paradis, en font partie. Suncor Energy, qui est impliquée dans les gaz de schiste, mais indépendante de l'APGQ, est aussi l'une des plus importante dans le dossier des sables bitumineux.

Deux observations majeures. D'un côté, comme dans le cas des sables bitumineux, le gouvernement précipite les phases d’informations, d’explorations et de débat. Cette accélération du dossier inquiète dans une démocratie où il importe que la population puisse prendre du recul. Se questionner, étudier l'information et amorcer un véritable débat public autour de cette filière pour aboutir à une décision collective, voilà un processus démocratique. Nous sommes bien loin de cela… Nous sommes devant un gouvernement qui nous annonce son intention d'aller de l’avant coûte que coûte, peu importe l’opinion de la population… Car avec le mandat du BAPE, le but n’est même pas de consulter, mais de “rassurer” les citoyenNEs, selon les mots du ministre Pierre Arcand.

La proximité entre les industries d’hydrocarbures et le gouvernement devrait nous inciter à beaucoup de méfiance. Les conflits d’intérêts et le manque de transparence planent sur le dossier des gaz de schiste. Comme l’écrit Andrew Nikiforuk : « Le pétrole entrave la démocratie et corrompt le politique par l’absence de comptes rendus et de rapports financiers transparents. L’Alberta, en tant qu’État pétrolier des plus classiques, abrite l’un des gouvernements les moins responsables du Canada et affiche le plus bas taux de participation électorale au pays ».

Nous sommes prévenuEs…

Marilyn B. Armand

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